Culture

Marine Oussedik, dans l'atelier de l'éloquence

Marine Oussedik, dans l'atelier de l'éloquence
Marine Oussedik réalisant "le Cheval de Gutenberg"dans son atelier © Isabelle Bennett

Du travail, de la légèreté et une précision sans faille… Rencontre avec l’une de nos artistes contemporaines les plus talentueuses.

D’abord le vent de la plaine picarde, un paysage de campagne brumeuse, une route qui serpente au gré des vallons et des couleurs d’automne diluées par une lumière fade. Puis des bâtisses de briques rouges, sans ouvertures, qui bordent la rue principale d’un hameau. Notre regard est attiré par une façade ocre, dont les nombreux colombages chassent l’impression d’austérité. Pas de nom sur la porte cachée dans un immense pan de bois sombre, mais c’est bien là que nous sommes attendus. Cela fait une éternité que je ne suis pas venue, mais c’est bien ici que vit Marine Oussedik. Le lourd marteau de la poignée. Rien ne bouge. Le souvenir de molosses qu’on enfermait à mon arrivée de peur qu’ils ne me dévorent, me revient. Le marteau retentit une seconde fois. Toujours rien, pas de grognement de bête féroce, nous rentrons, guère rassurée. Il fait sombre sous le porche mais l’odeur accueillante du foin nous apaise.

 Dans la cour les chevaux sont là, têtes et encolures à la fenêtre de leurs boxes en bois sculpté, ils nous scrutent de leur regard doux, leurs oreilles pointées vers nous. En face d’eux, un des ateliers de Marine. Nous apercevons la grande table à dessin, jonchée d’esquisses, bordée d’encres en pots aux nuances colorées, et d’une multitude de plumes et pinceaux. Nous imaginons déjà l’odeur du papier “pur coton” mélangée à celle des fusains et des craies. Marine est là. Elle s’affaire, concentrée, face à une armature légère en fil d’acier (peut-être les prémices d’une prochaine sculpture ? ).

 Marine a toujours dessiné des chevaux, enfant elle en inondait ses cahiers d’écolière, allant même jusqu’à rédiger ses cours dans la marge, pour laisser le plus d’espace possible à ses chevaux ! Nous admirons ses longues mains poser avec justesse de petits morceaux de cire noire sur le fil d’acier. Sous ses doigts naissent lentement les volumes de muscles en mouvement, dans une parfaite vérité anatomique. Elle est là comme si je ne l’avais jamais quitté avec sa peau claire, ses grands yeux bruns, son regard avec quelque chose de souriant à l’intérieur, ses longs cheveux noirs relevés sur sa nuque, ses gestes élégants et assurés. Rien à faire, elle n’a rien cédé à son idéal et à sa passion.

 Marine est sortie diplômée de l’École supérieure d’art graphique de Paris en 1990. De sa thèse à sa première exposition rue de Bucy, dans le VIe arrondissement, en 1991, il n’y a qu’une petite foulée de galop. Très vite, des rencontres donnent vie à sa passion et, en premier lieu, Amaury de Louvencourt, expert en oeuvres d’art, séduit par son talent, lui propose d’exposer dans sa galerie La Cymaise, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le VIIIe, dès 1992. À partir de là tout s’enchaîne rapidement, avec fluidité :  la Suisse, Londres, New York, Shanghai…

 Sa première salle, commandée par Yves Bienaimé, fondateur du Musée vivant du Cheval de Chantilly (et élève du colonel Jousseaume, médaille d’argent aux Jeux de Londres en dressage en 1948), est ouverte en 1993. Elle est consacrée aux chevaux arabes à travers les proverbes orientaux ; ce qui permet à Marine de signer une magnifique révérence à ses origines kabyle. Ses yeux brillent quand elle se souvient de cette époque, et qu’elle décrit les Grandes Écuries, résonnant des instruments cuivrés des sonneurs, dans une sorte d’accord parfait du lieu et de ses oeuvres…Lire la suite...
www.marine-oussedik.net